la scène se passe tous les jours sur le trottoir de ma voisine. pas le mien. je balaie quotidiennement mes soucis, énergiquement, vers la chaussée des illusions perdues. emportées, inquiétudes existentielles, par la voiture-balai du léviathan. tout est propre. enfin presque. ma voisine, qu'un mari et le temps ont mis en quarantaine, s'entretient, entretient une relation de bon voisinage avec une dame plus âgée. un âge où l'on dit d'ailleurs 'dame' et plus 'femme'. je n'écoute jamais. mais je sais toujours que l'entretien touche à sa fin lorsque l'une dit à l'autre: "c'est pas rose tous les jours". la distribution des rôles donne à chacune son moment de gloire. chacune pourra aussi répondre d'un double, mais lent, hochement de tête penchée, accompagné de son indispensable rictus, commissure droite des lèvres relevée, véritable condensé de non-dit: "je vous ai compris. c'est pas rose tous les jours". la scène se passe tous les jours.
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