j'entre. il me tend la main, souriant. une main ferme, sans excès. un sourire ca va aller. bienveillant. installez-vous je m'installe. les distractions sont réduites à la portion congrue dans son cabinet. une boîte de mouchoirs, ici on pleure. un divan, non merci. une montre. on va pouvoir se concentrer.
à chaque fois, c'est la même chose. ma tête est une mercerie cambriolée. partout des pelottes de laine, de toutes les couleurs, des grosses, des petites, des nouées, des rangées. comment allez vous aujourd'hui? sur quel fil tirer?
il me sourit. je suis venu pour des réponses. je parle, je note, il note, je sortirai avec des questions.
nous allons devoir en rester là. l'urgence de la quantité d'affaires en cours pouvant manifestement être temporairement suspendue. je note fébrilement une dernière réflexion, très juste, avant de refermer ce carnet que je n'ouvre que pour écrire, jamais pour lire. statut. je note statut. y ajoute un point d'interrogation, une pointe d'interrogation. quel est mon rôle? que faire de la mercerie?
"fermé pour cause de transformations."
je me lève, tends le billet. il se lève, tend la monnaie, tend la main. à la semaine prochaine.
dehors, je constate avec un mélange d'amertume et de rassurance que la vie a continué sans moi. il fait nuit, il fait calme. quelques passants vont, d'autres viennent. la nuit contraste. certains parlent plus fort, d'autres moins. certains se traînent et d'autres volent.
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