"j'ai failli"

le plafonnage évoque une méditerrannée d'huile, pas lisse, mais régulière. la musique chuinte, ensoleillée. on croira, un instant, comprendre l'italien. on le parle, bien sûr, ponctuant les échanges avec gino d'un "grazie, capo" aux allures cosmopolites. le four à pizza réchauffe l'atmosphère d'un restaurant trop grand pour un lundi. pensif, gino, regarde par la fenêtre jouxtant le four. le col en 'v' de son slim fit d'acrylique laisse apparaître la chaîne en or de rigueur. cette soirée de novembre aussi grise que son pull lui fera regretter sa salerne natale.
l'authenticité de l'endroit, sincère, infalsifiable, prête à la confidence. le cinéaste de la treize, un quinqua popeyesque qui me fit presque douter du décès de sim, pérore, parle carrière, argent. et si l'argent n'a pas d'odeur, il a une couleur. black! mystère. confidences, connivence. regards entendus. face à lui, de deux générations sa cadette, sa partenaire de pizza, une insipide post-adolescente aux cheveux légèrement gras, d'une banalité presqu'extraordinaire, pétille pourtant d'un regard admiratif limpide. cinéaste!... cinéaste. elle cligne des yeux. pendant cet instant de fugace cloture des paupières, elle est ingrid bergman, il est humphrey bogaert, la pizzeria l'aéroport et le naples de la fresque naïve... leur casablanca!
il lui faut agir, à son tour impressionner. être une artiste, elle aussi. montrer que les cordes de son coeur vibrent à l'unisson de cet artiste, ce génie, nonchalemment assis là, à deux pizzas d'elle. les yeux sont humides, la voix faussement assurée. "j'ai failli aller à l'erg(*)".
humphrey popeye feint une pointe d'admiration. sourit. le dentier est carnassier. le piège se referme.
ce soir, à mille sept cent kilomètres du vésuve et à deux pizzas de gino un volcan se réveille.
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(*) école de recherche graphique

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